Libyan Sahara, water from the desert

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Résumé

« Libyan Sahara, water from the desert » débute par une douce musique qui nous guide à travers les paysages désertiques du Sahara Lybien. Sous les yeux du spectateur s’étend l’immensité du désert ainsi que l’énorme quantité de nuances de couleurs que peut prendre le sable. Ces paysages permettent au réalisateur de présenter le Sahara libyen et montrer les traces historiques d’eau dans ce territoire. Le volcan Waw an Namus, les ruines d’anciennes civilisations et les points d’eau pour survivre dans cet environnement inhospitalier sont les témoins de la présence d’eau dans le désert. Ces paysages provoquent un questionnement sur les ressources et la disponibilité en eau. Cette réflexion irrigue la deuxième partie de ce documentaire. La douce musique Libyenne est remplacée par l’assourdissant bruit des excavatrices et les beaux paysages laissent place à des images de foreuses et grandes sections de canalisations bétonnées pour montrer et expliquer l’immensité du projet de la « Grande Rivière Artificielle ».

La Libye vit essentiellement des revenus pétroliers. L’agriculture joue un rôle tout à fait secondaire dans l’économie libyenne : en 1990, la production agricole ne couvrait que 20% de la consommation alimentaire. En 1985, afin de modifier les conditions de la production agricole et devant l’échec de la création de terres irriguées en plein cœur du Sahara à proximité des réserves d’eau fossile,  la création de la « Grande Rivière Artificielle » est proposée dans l’objectif d’autosuffisance alimentaire du pays. Une grande canalisation est construite dans le but de transférer les eaux de la nappe phréatique vers la côte pour développer l’agriculture dans les zones côtières et mieux approvisionner les villes et les industries littorales (Fontaine, 1996).

Analyse

Michael Schlamberger avait des raisons pour parler de la Libye mais également pour en faire un spectacle. Alors que la Libye est un pays dont le nombre d’habitants est comparable à celui d’une grande ville, les coûts de ce projet dépassent 27 milliards de dollars (plus que le coût de construction du barrage des Trois Gorges en Chine, la plus grande centrale hydroélectrique au monde). Ces coûts ont été financés grâce aux revenus du pétrole. Dans ce documentaire, les témoignages de l’entreprise de construction, les images et les chiffres cités permettent de percevoir l’importance d’un tel projet pour un petit pays et pour le monde ! La conception du projet, l’exigence technique et la coordination du travail méritent aussi d'être mises en évidence. Des excavatrices et des centaines de foreuses ont été spécialement conçues. Des stations de pompage, des usines construisant les tuyaux, des centrales fournissant l’énergie pour les pompes et les puits ont jailli de terre. Tout cela a été nécessaire pour la construction de ce projet. Ce documentaire  présente un point de vue purement technique; les questions sociales ou environnementales du projet ne sont pas évoquées.

Quelles sont les réserves réelles d’eau fossile ? Quelles peuvent être les répercussions des prélèvements d’eau sur les oasis sahariennes ? L’aquifère contient une grande quantité d’eau, mais sa répartition et son organisation sont très mal connues. Sous le Sahara libyen, il existe quatre réservoirs d’eau de 1100 km de largeur et une profondeur de plus de 6 km. Certaines estimations estiment à 2 500 Mm3 le volume d’eau utilisable (Fontaine, 2000). Mais est-ce bien sûr ? Le pompage de l’eau fossile a déjà provoqué une diminution du niveau de la nappe et, en conséquence, l’assèchement d’un certain nombre d’oasis. Cette diminution du niveau de la nappe nécessite des puits de plus en plus profonds et implique une exploitation de plus en plus couteuse. À l’épuisement progressif des nappes s’est conjugué un phénomène d’intrusion des eaux salines dans les nappes littorales (Salem, 2005). Enfin, pomper de l’eau dans un aquifère transfrontalier appartenant à la Libye, à l’Égypte, au Tchad et au Soudan est une source possible de conflits. L’eau dans les nappes n’est pas statique et prélever de l’eau dans une partie de l’aquifère a des conséquences sur d’autres parties de la nappe (Salem, Pallas, 2002).

L’avenir à plus long terme de l’infrastructure est difficile à estimer. La population libyenne dépend de l’eau canalisée depuis le Sahara. Mais un usage agricole de l’eau fossile pourrait partiellement être remis en cause. Quel sera le coût réel des produits agricoles obtenus ? Le prix du blé produit - impacté par la nécessité d’un arrosage important sous climat aride - est plus élevé que lorsqu’il est importé. Le prix de revient de l’eau de la Grande Rivière Artificielle serait compris entre 0,85 et 1,2 $/m3, ce qui est nettement moins que le prix de l’eau de mer désalinisée à l’époque de la construction (2,3 à 2,7 $/m3) mais ce qui reste néanmoins très cher pour de l’eau agricole (Schliephake, 1992). En 2025, la population du pays devrait compter 12 millions d’habitants et les besoins en eau des ménages absorberont environ 55% du débit total de la Grande Rivière. Même si l’on consacrait toute l’eau restante exclusivement à l’agriculture, la Libye aurait besoin d’importer près de la moitié de son alimentation (Otchet, 2000). Pourquoi ne pas importer le blé et épargner l’eau pour les industries qui consomment moins d’eau et génèrent des emplois mieux rémunérés ?

À la fin du documentaire, l’auteur cite et laisse entrevoir l’ampleur des problématiques (essentiellement techniques) liées à ce projet pharaonique : 1) Problèmes de corrosion et potentielles fuites importantes au niveau des pipe-lines soumis à des conditions extrêmes; 2) en climat semi-aride/aride, les pertes d’eau des système de rampes-pivots sont très élevées; 3) il est difficile de stocker l’eau.

Après le temps du génie civil et de l’ingénierie hydraulique vient celui de la gestion de l’eau. Répondant au principe d’autosuffisance alimentaire, l’agriculture était appelée à devenir la principale bénéficiaire de l’arrivée de la Grande Rivière Artificielle. Cependant, d’autres logiques émergent. La définition d’une nouvelle stratégie nationale pour la gestion des ressources en eaux (National Strategy for Water Resources Management 2000-2025) marque une tendance vers l’adoption d’une gestion plus intégrée des ressources. Cette stratégie introduit l’abandon de la politique d’autosuffisance alimentaire, à travers la reformulation des concepts de sécurité alimentaire et de sécurité hydraulique. Le film date de 2001 et a donc davantage un intérêt historique: la baisse très importante des coûts de désalinisation de l’eau de mer remet sans doute, de nos jours, largement en cause sa rationalité économique.

Malgré ces limites, ce projet est utile : il améliore la situation de l’agriculture libyenne et l’alimentation en eau potable des populations. L’opération devait permettre l’irrigation de 180 000 à 300 000 ha, et augmenter considérablement la production agricole, aussi bien végétale qu’animale. De plus, il semble y avoir un autre enjeu symbolique et politique: « Il faut prouver aux libyens et au monde que la révolution du 1er septembre 1969 est capable d’accomplir des miracles et que le rêve du bédouin, "Transformer le désert en paradis de verdure" est possible grâce à elle». Les étendues agricoles à perte de vue contribuent à diffuser l’image d’une prospérité retrouvée et démontrent la capacité du pouvoir central à engager la modernisation du pays malgré les contraintes de sa géographie.

Le documentaire de Michael Schlamberger ne montre pas toutes les facettes de la situation Libyenne et élude certaines questions conflictuelles. Il ne démêle pas une situation politico-socio-économique complexe et, s'il évoque quelques sujets brûlants, il ne les traite pas en profondeur. Il s'agit donc d’un film informatif qui suscite beaucoup de questionnements et amène le spectateur à réaliser des recherches personnelles plus approfondies pour comprendre comment cette question de l’eau est réellement vécue dans ce pays.

Mots clés et bibliographie

Canalisation, Eau, Aquifère, Développement, Irrigation, Libye, Désert.

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Version anglaise: www.youtube.com/watch?v=n4J5wAq4FOA

Versión espagnole: www.youtube.com/watch?v=7JqlokCAj1c

Michael Schlamberger :

Michael Schlamberger  est un producteur et directeur de films d'histoire naturelle, basé près de Graz, Autriche. Son style visuel unique et sa capacité à raconter des histoires lui ont valu de nombreux prix et une renommée internationale. Il a produit des documentaires pour la télévision et le cinéma, ainsi que des supports visuels pour les musées et les centres des parcs nationaux. « Libyan Sahara, water from the desert » s’inscrit dans cette logique de documentaire éducatif et informatif accessible au grand publique. Le plan du film, la parole, le rythme contemplatif des séquences favorisent la découverte et la compréhension d’une situation lointaine. Ce document est accessible à tout publique, sans nécessité de connaissances sur le sujet et n’utilise pas de termes techniques. Michael Schlamberger  restitue à travers son objectif sa fascination et sa découverte enthousiaste du désert de Libye et les spectateurs sont rapidement séduits par la beauté de ces paysages.

Contributions de Nuria Pantaleoni Reluy et Juan Manuel Gomez Arango

 

 

 

 

 

 

 

 

Additional Info

  • Producer: Michael Schlamberger
  • Language: English
  • Year: 2001
  • Duration (min): 44
  • Theme: Water supply, Water scarcity, Irrigation & agricultural water management, Water quality, pollution, Water governance
  • Access: Free
  • Technical quality: Technical quality
  • Academic interest: Academic interest
  • Societal interest: Societal interest