Drought in Peru - Living without water

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Synopsis/contenu du film

Ce documentaire réalisé par le service national de diffusion allemand (DW) explore la crise de l’eau que connait le Pérou. Cette crise est illustrée par les nombreux enjeux pour la capitale du pays, Lima, et sa périphérie, et par la région d’Ica, qui utilise les eaux souterraines.

Le film documente comment la crise de l’eau impacte le quotidien des habitants les plus pauvres, qui vivent en périphérie de la capitale où 1,5 million de personnes n’ont pas d’accès direct à l’eau. Pourtant, un habitant de Lima consomme deux fois plus d’eau qu’un européen. Les plus démunis achètent leur eau à des sociétés privées, dont la gestion et la qualité de l’eau sont plus que douteuses. Ces habitants tentent tant bien que mal de trouver des solutions pour subvenir à ce besoin vital.

Le documentaire interview les principaux habitants touchés par cette crise mais aussi d’autres acteurs tels que l’ancienne mairesse, un ingénieur en chef de Sedapal (le service de traitement des eaux public de Lima) ainsi que des agriculteurs, dans le but de comprendre les causes de la différentiation sociale vis-à-vis de l’accès à l’eau ainsi que sa pénurie. Le point de vue des habitants reste prépondérant, chaque habitant rencontrant des difficultés différentes selon sa position géographique dans Lima.

La deuxième partie du film aborde l’utilisation des eaux souterraines dans la région d’Ica et leur surexploitation par l’agriculture. Elle souligne le rôle de l’agriculture exportatrice, des puits achetés par des sociétés privées ou encore des puits illicites. En conséquence, le Pérou se retrouve avec des nappes qui baissent ou s'assèchent, mettant en péril à la fois l’agriculture exportatrice et les petits agriculteurs.

Analyse critique

Selon le film, la consommation moyenne de la capitale est de 182 l/jour/pers. Cette moyenne cache toutefois une disparité puisque la consommation diffère selon le niveau socioéconomique des habitants. De fait, 600 000 habitants de la province de Lima vivraient avec moins de 70 l par jour tandis que la consommation des populations les plus aisées est de 261 l/jour/pers (Molloy, 2018) Cette consommation élevée est due au style de vie des citadins (consommation non raisonnée), mais aussi aux nombreuses fuites du réseau (Peruvian Times, nov 2016). Les investissements nécessaires à l’extension des réseaux vers les collines périphériques seraient trop élevés à cause en particulier du relief important (Ioris, 2012).

L’accès au réseau public est ainsi fortement corrélé au niveau de revenus moyens des habitants. Les quartiers défavorisés doivent recourir, à des degrés divers, à des camions citernes. De plus, ils sont souvent composés d’habitations bâties de manière illégale (migrants), et leur donner l’accès à l’eau leur conférerait une sorte de légalité, ce que veut éviter le gouvernement (Ioris, 2012). La mise en place du raccordement en eau potable souffre aussi de problèmes d’interférences et de corruptions politiques qui entravent certains projets d'aménagement. De plus, le service de l’eau à Lima (Sedapal) est seulement organisé depuis 1962, et de ce fait les vendeurs privés d’eau représentent encore une grande partie de l’approvisionnement en eau de la population métropolitaine de Lima (Ioris, 2012; Roux, 2017).

Le documentaire évoque mais n’aborde pas l’impact des fuites d’eau de la ville. Nous ne connaissons pas non plus l’impact réel des forages illégaux réalisés, ainsi que celui des raccordements illégaux, rarement détectés, qui seraient aussi la cause de pertes estimées à 28% (Roux, 2017). La question du recyclage de l’eau et du traitement des eaux usées n’est pas abordée : la ville dispose-t-elle d’un réseau d’égouts efficient ? Les problématiques politiques sont évoquées mais pas approfondies, de même que le rôle des autorités dans la surveillance et les contraventions. Le gouvernement a voulu à plusieurs reprises privatiser SEDAPAL, sans succès. Pour certains cela montre la volonté du gouvernement de transformer cette rareté de l’eau en un marché prometteur (Ioris, 2012).

La région d’Ica

L’apparition et l'expansion dans la vallée d’Ica d’une agriculture intensive et grande consommatrice d’eau a entraîné la surexploitation de l’aquifère Ica-Villacuri. En effet, la plus grande partie de l’eau de l’aquifère est utilisée par les activités agricoles (29,531 ha irrigués, ce qui représente deux tiers des activités agricoles). Bien que l’aquifère de cette région représente 40% de l’eau souterraine du pays (Oré et al., 2012), les nappes sont surexploitées : l’eau pompée atteindrait 162% de la ressource normalement utilisable (Schwarz, 2017).

De plus, de nombreux puits clandestins sont mis en place par les agriculteurs locaux et les grandes exploitations (bien qu’elles dénoncent les puits illégaux des paysans locaux). La Peru’s National Water Authority a ainsi compté 314 forages illégaux sur 474 recensés (Chavkin, ICIJ, 2018). La construction de puits non recensés par les autorités empêche le suivi correct de la ressource en eau et contribue à la surexploitation des nappes (Chavkin, ICIJ, 2018). Les grosses exploitations destinées à l’export utilisent déjà des méthodes d’irrigation avancées utilisant peu d’eau (Schwarz, 2017), et leur consommation est donc difficilement réductible : par contre, il est crucial de cesser d'étendre les parcelles cultivées. Le manque de réglementations/capacité de mise en œuvre (enforcement) au Pérou engendre le non suivi des puits illégaux et permet des pompages excessifs par les agriculteurs (James et Reilly, 2015).

L’exploitation de la ressource crée des conflits violents entre petits et gros exploitants agricoles. Ces derniers achètent (de force) des puits sur les territoires des petits exploitants, puis acheminent l’eau sur des kilomètres, ce qui a pour effet d’assécher les puits locaux au profit de l’agriculture intensive (James et Reilly, 2015).

L’eau qui permet d’alimenter les superficies agricoles d’Ica-Villacuri provient en partie du transfert inter-bassins réalisé grâce au canal de Incahuasi. Ce canal, qui traverse la province de Huaytará (région de Huancavelica), avait pour but de répondre à la demande en eau croissante de la région d’Ica. Deux projets d’élargissement du canal ont été mis en place par le gouvernement mais l’un de ces projets a été stoppé grâce à l’action en justice des communautés autochtones (Oré et al., 2013).

Ces populations vivant en amont de la vallée sont en effet très impactées par ce canal, maintenant bétonné, empêchant l’infiltration de l’eau dans le sol, et non protégé, mettant en danger le bétail et les populations. Mais les transferts d’eau entre des rivières des Andes et la vallée d’Ica sont aussi en péril avec le réchauffement climatique et la réduction du manteau neigeux. La solution ne serait donc pas durable d’autant plus que, à l’amont, des habitants des Andes utilisent déjà cette ressource en eau (James et Reilly, 2015).

Le documentaire donne principalement la parole à des habitants de Lima et de la région Ica-Villacuri. On évoque les politiques, les responsables de grosses exploitations, les entreprises privées ou publiques, mais ils n’ont globalement pas été interrogés (à l’exception de la mairesse sortante et d’un ingénieur de Sedapal). Les causes politiques implicites ne sont pas discutées dans ce documentaire, ce qui constitue sa principale faiblesse. Cette crise est amplifiée par le fait qu’elle engendre des conflits sociétaux dont les principales victimes sont les agriculteurs locaux et les citoyens les plus pauvres. Le boom économique lié à l’agriculture exportatrice mériterait d’être discuté de manière plus détaillée, celui-ci étant la cause principale de l’épuisement de la ressource en eaux souterraines.

 

Mots clés : Lima - urbanisation - groundwater resource - agricultural trade - social disparity - water supply - sustainability - Peru - multiple scarcities - political ecology

Bibliographie

Groves, D.G., Bonzanigo, L., Syme, J., Engle, N.L., Rodriguez Cabanillas, I., 2019. Preparing for Future Droughts in Lima, Peru: Enhancing Lima’s Drought Management Plan to Meet Future Challenges. World Bank. https://doi.org/10.1596/31695

Ioris, A.A.R., 2012. The geography of multiple scarcities: Urban development and water problems in Lima, Peru. Geoforum, The Global Rise and Local Implications of Market-Oriented Conservation Governance 43, 612–622. https://doi.org/10.1016/j.geoforum.2011.12.005

James, I. , Reilly, S., 2015. The costs of Peru’s farming boom. Dans : desertsun [En ligne]. Disponible sur : https://www.desertsun.com/story/news/environment/2015/12/10/costs-perus-farming-boom/76605530/ (Consulté le 28 novembre 2019).

Molloy, C., 2018. Facteurs naturels et anthropiques compromettant la qualité et la quantité d’eau potable disponible dans trois régions péruviennes. Université de Sherbrooke.

Oré, M.-T., Bayer, D., Chiong, J., Rendon, E., 2014. Water emergency in oasis of the Peruvian coast. The effects of the agro-export boom in the Ica Valley 12. Paris, France. pp.167-176

Roux, T., 2017. Le secteur de l’eau et l’assainissement au Pérou. Service économique pour le Pérou et la Bolivie, ambassade de France.

Schwarz, J., Mathijs, E., 2017. Globalization and the sustainable exploitation of scarce groundwater in coastal Peru. Journal of Cleaner Production 147, 231–241. https://doi.org/10.1016/j.jclepro.2017.01.067

Sites web

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Chavkin, S., 2018. News drones reveal big companies are draining local water supplies in Peru, Colombia. ICIJ. URL https://www.icij.org/blog/2018/06/news-drones-reveal-big-companies-draining-local-water-supplies-peru-colombia/ (accessed 11.14.19).

 

Pour aller plus loin

Fernández-Maldonado, A.M., 2008. Expanding networks for the urban poor: Water and telecommunications services in Lima, Peru. Geoforum, Placing Splintering Urbanism 39, 1884–1896. https://doi.org/10.1016/j.geoforum.2007.11.007

Hommes, L., Boelens, R., 2017. Urbanizing rural waters: Rural-urban water transfers and the reconfiguration of hydrosocial territories in Lima. Political Geography 57, 71–80. https://doi.org/10.1016/j.polgeo.2016.12.002

Marshall, A., 2009. S’approprier le désert. Agriculture mondialisée et dynamiques socio-environnementales sur le piémont côtier du Pérou. Le cas des oasis de Viru et d’Ica-Villacuri. Université Panthéon-Sorbonne - Paris I

Torres, F., Ciriaco, M., 2018. Power and impunity: the companies that control water in the desert [WWW Document]. OjoPublico. URL http://ojo-publico.com/especiales/acuatenientes/power-and-impunity-the-companies-that-control-water-in-the-desert.html (accessed 11.14.19).

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Wikiwater - Comment amener et distribuer de l’eau dans les zones périurbaines défavorisées et les bidonvilles ? Rôle spécifique des petits opérateurs privés locaux et des communautés [WWW Document], 2018. . Wikiwater. URL

 

 Contributions de Margot Persac et Rachel Linard

 

Additional Info

  • Director: undefined
  • Producer: Hannele Valkeeniemi (DW documentary)
  • Language: English
  • Year: 2017
  • Duration (min): 42
  • Theme: Water supply, Domestic water, Water scarcity, Irrigation & agricultural water management, Groundwater
  • Access: Free
  • Country: Peru
  • Technical quality (star): Technical quality (star)
  • Academic interest (star): Academic interest (star)
  • Societal interest (star): Societal interest (star)
  • Technical quality: 4
  • Academic quality: 3
  • Social interest: 4