L'eau du diable

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Synopsis du documentaire

Au Bangladesh, 75 millions de personnes consomment chaque jour de l’eau contaminée par l’arsenic (As). Ce désastre écologique et sanitaire est reconnu par l’OMS comme étant le plus grand empoisonnement collectif de l’histoire. Le documentaire « L’eau du diable » soulève et tente de répondre à la problématique suivante : Quel est l’état de la crise liée à la contamination des eaux souterraines et de surface par l’arsenic au Bangladesh ?

La parole est donnée successivement à tous les acteurs concernés par la pollution à l’arsenic. Le documentaire est divisé en deux parties : la première moitié a été réalisée en 2001 (entre 0 et 30 minutes), et l’autre moitié en 2004 (de 30 minutes à la fin). Le récit s’articule principalement autour du témoignage de trois femmes (Asma, Nazma et Rehka) et d’un homme (Shajahan) qui vivent dans un village où l’eau est contaminée, et qui présentent des symptômes de l’intoxication (problèmes pulmonaires et cardiaques, fatigue extrême, pigmentation de la peau). Le problème est ainsi présenté en mettant en exergue son impact sur la vie des habitants (impossibilité de travailler à la suite des douleurs musculaires liées à l’intoxication, impacts psychologiques, exclusion sociale), ainsi que les solutions potentielles (Arsenicum Album, utilisation des nappes peu profondes rechargées par la pluie). En complément du témoignage des personnes affectées, des experts et des institutionnels témoignent. Au début, deux scientifiques énumèrent les sources naturelles et anthropiques de l’arsenic (présent naturellement dans les sols du Bengale, apport via des engrais/pesticides à la fin des années 60s), et un représentant de l’UNICEF explique pourquoi aucun test n’a été effectué lors de l’installation d’un réseau de pompes à partir des années 70s. Puis les pouvoirs publics (station de traitement de l’arsenic, gouverneur du projet BAMWSP) expliquent les solutions envisagées pour pallier le problème de l’arsenic. Enfin, la parole est donnée à des scientifiques qui pensent avoir trouvé un remède, l’Arsenicum Album, un médicament homéopathique permettant d’éliminer l’As contenu dans le corps humain sans pour autant guérir les personnes atteintes.

Analyse critique

Ce documentaire d’Amirul Arham est financé par Night Light Productions, avec le soutien de plusieurs organisations y compris France 3, France 5, Real Productions, Création du Dragon, et le CNC. Le film donne la parole à différents acteurs de la problématique liée à l’Arsenic au Bangladesh. Des représentants de l’UNICEF, des chercheurs et des personnalités politiques du Bangladesh sont interrogés, mais les victimes de la contamination sont les personnes qui ont le plus de temps de parole.

Le documentaire présente les différents aspects du problème (sanitaire, social, législatif, scientifique) et fournit des données précises quant aux normes en vigueur pour l’As et sur le nombre de personnes impactées (bien que ces chiffres varient selon les sources, de 38 000 selon le gouvernement à près de 10 millions selon les scientifiques). Une grande partie du film est dédiée aux entretiens avec des chercheurs et médecins qui s’interrogent sur la source de la contamination et le traitement des victimes. Cependant, ce film ne présente pas de graphiques ou de diagrammes scientifiques, car son objectif principal est de sensibiliser et d’alerter sur cette crise.

Le réalisateur met en avant l’urgence de la situation. Aujourd’hui, la consommation d’eau contaminée par l’arsenic reste un désastre sanitaire au Bangladesh. Depuis la sortie du documentaire, plusieurs projets ont visé à installer des réseaux d’eaux traitées pour l’arsenic, accessibles à 54,4 % de la population (Ahmad, Khan et Haque 2018). Malheureusement, il est estimé qu’un tiers de ces réseaux sont peu utilisés ou abandonnés. Malgré l’ampleur du problème, les mesures mises en place pour limiter la contamination et soigner les personnes affectées ne réussissent pas à mettre un terme à cette épidémie, qui touche toujours des millions de personnes au Bangladesh (Ahmad, Khan et Haque 2018).

Les efforts des chercheurs et médecins pour aider les victimes sont visibles, et on sent leur motivation à travers les entretiens. Cependant, plusieurs acteurs sont montrés du doigt : l’UNICEF pour l’absence de tests de l’arsenic au moment des forages, les ingénieurs d’une station de traitement qui conduit à une pollution des eaux de surface, et le gouvernement Bangladais pour l’insuffisance de ses politiques publiques. L’UNICEF indique, dans le documentaire, que les puits ont été testés pour les contaminants connus au moment de leur installation à la fin des années 1970 : les bactéries, le fer, et le chlore. Comme la contamination à l’arsenic n’était pas envisagée, ce paramètre n’a pas été suivi (Smith, Lingas, et Rahman 2000).  Le film interroge ainsi la mise en visibilité des pollutions et la mise en œuvre de leur traçabilité.

C’est lorsque les victimes de la contamination parlent de leur maladie et de leurs symptômes que l’on perçoit pleinement l’isolement social qui va de pair avec les souffrances causées par l’arsenic. Le film réussit à communiquer la tragédie de cette épidémie sur les plans humains et sociaux. En suivant de près les victimes, sur plusieurs années, le spectateur finit par les connaitre. Cette empathie renforce l’évidence de la crise, en montrant l’impact de l’arsenic sur les mères, pères, et enfants. Ce documentaire donne envie de réagir, les victimes n’étant plus des chiffres déshumanisés. Le film est réalisé avec une caméra main, ce qui donne l’impression d’être directement impliqué dans la scène. Pendant les entretiens, on voit les visages des personnages de très près, ce qui nous permet de voir leur communication non-verbale. Cette mise en scène aide le spectateur à sentir de l’empathie pour les personnes affectées. La qualité visuelle du film n’est cependant pas très bonne sur YouTube, et on a parfois du mal à voir tous les détails de chaque scène.

« L’eau du diable » apporte une très bonne introduction à une épidémie peu connue dans le monde, et qui perdure encore aujourd’hui. En 2016, un rapport de l’ONG Human Rights Watch a montré qu’une grande partie de la population bangladaise est affectée par l’arsenic, ce qui causerait la mort de 43 000 personnes par an. L’urgence s'impose donc, car les vies de plusieurs dizaines de milliers de personnes dépendent des mesures qui doivent être adoptées pour que leurs besoins primaires puissent être respectés.

Mots clés : Bangladesh, Environnement, Eau, Arsenic, Pollution, Santé, Puits, Arsenicum Album

Bibliographie complémentaire

Ahmad, A.; Khan, M. et Haque, M. 2018. Arsenic contamination in groundwater in Bangladesh: implications and challenges for healthcare policy.

Khan, M. et al. – 1997 : Arsenic contamination in ground water and its effect on human health with particular reference to Bangladesh.

Human Rights Watch – 2016. Népotisme et négligence : l’incapacité à répondre au problème de l’arsenic dans l’eau potable des zones rurales pauvres du Bangladesh. April 6, 2016. https://www.hrw.org/report/2016/04/06/nepotism-and-neglect/failing-response-arsenic-drinking-water-bangladeshs-rural

Mallick, P. ‎2003. Test d’Arsenicum Album (homéopathie) chez la souris, élimination de l’As.

Smith, A., Lingas, E. et Rahman, M. 2000. Contamination of drinking-water by arsenic in Bangladesh: a public health emergency.

https://bmccomplementalternmed.biomedcentral.com/track/pdf/10.1186/1472-6882-3-7

English version: The devil's water  https://www.youtube.com/watch?v=-SOMaFUmY44

Contributions de Abel Barre et Matthew Razaire

 

 

Additional Info

  • Producer: Amirul Arham
  • Language: Français
  • Year: 2005
  • Duration (min): 52
  • Theme: Water supply, Environmental degradation, Groundwater, Water and health
  • Access: Free
  • Technical quality: Technical quality
  • Academic interest: Academic interest
  • Societal interest: Societal interest