Quand la chimie contamine notre eau : La menace invisible

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Synopsis/contenu du film

Ce film documentaire traite des produits chimiques retrouvés dans les eaux de rivières et potentiellement jusque dans les eaux du robinet, soulevant la question de la qualité de l’eau pour les usagers.

Ces dernières années de très nombreuses molécules chimiques ont été découvertes ou mises en circulation (pesticides, médicaments...), entraînant de fortes répercussions sur la qualité des eaux. Une campagne d’analyse a retrouvé des centaines de contaminants dans l’échantillon d’eau prélevé en rivière. Selon l’écotoxicologue qui a mené l’expérience les seuils de tolérance des produits chimiques sont trop hauts et il faudrait élargir la liste des 33 substances prioritaires à plus de 100 (mais alors seulement 15% des eaux d’Europe seraient dans un “bon état écologique”). De plus, la liste actuelle est basée sur des expériences en laboratoire où les protocoles préconisent de tester une substance sur un organisme pendant deux jours. Or dans la nature de nombreux organismes sont au contact de nombreux contaminants et sur des durées beaucoup plus importantes. Des effets en chaîne peuvent avoir lieu : combinaison d’effets de contaminants associés, répercussions sur le réseau trophique… Suite à la contamination des milieux aquatiques par des molécules chimiques, des troubles hormonaux ont pu être observés par une biologiste chez les populations animales, tels que des troubles de la masculinisation chez des alligators ou des poissons. Pendant ce temps l’Homme est également impacté, notamment avec des phénomènes d’allergie, de résistance aux antibiotiques, d’obésité...

Si la contamination touche les pays industrialisés comme l’Europe, les pays en voie de développement sont souvent encore davantage impactés. Les auteurs du documentaire dénoncent les pratiques européennes qui, du fait des contraintes réglementaires sur leur sol, exportent la fabrication de produits polluants. L’exemple choisi se situe en Inde où des industries pharmaceutiques européennes ont délocalisé leur production, bénéficiant ainsi de réglementations moins sévères leur permettant de rejeter directement leurs eaux usées dans le milieu. Un chercheur a pu y mesurer des concentrations en antibiotiques de l’ordre de plusieurs mg/L, alors que des perturbations apparaissent dès un milliardième de g/L chez les animaux (induisant par exemple des problèmes de motricité, de croissance, de rythme cardiaque etc. chez les têtards et poissons). En parallèle chez les Hommes, une hausse des cancers, des fausses-couches, des infarctus... a pu être constatée.

Le reportage conclut en revenant sur le territoire européen et en constatant que la plupart des stations d’épuration ne savent ni détecter, ni traiter les résidus médicamenteux des eaux. Certaines méthodes existent (ozonation, filtres à charbon actifs…) mais peuvent créer d’autres problèmes (transformation d’une molécule en 30 autres pires). La meilleure solution serait de ne plus produire les molécules en cause, mais pour cela les industriels et les autorités doivent intervenir pour contrôler et financer de nouvelles solutions.

Analyse critique

Ce reportage aborde une question simple : l’eau que nous buvons chaque jour nuit-elle à notre santé ? Pour y répondre les réalisateurs interrogent les milieux scientifiques en rencontrant des chercheurs mais aussi le milieu politique en consultant un représentant de l’Union Européenne. Le documentaire nous propose ainsi plusieurs points de vue mais la narration s’articule principalement autour des avis scientifiques, à travers une multitude de spécialistes en chimie, toxicologie et biologie.

Le documentaire présente des polluants précis à effet perturbateurs endocriniens comme l'Éthinylestradiol, le DDT, le Bisphénol A... Il cherche à marquer les esprits et l’argumentaire est ciblé sur les effets néfastes de ces polluants sur une multitude d’espèces aquatiques ainsi que sur l’Homme, concernant la reproduction, la fertilité et la croissance des fœtus. Cependant il manque de clarté sur les zones où l’on retrouve ces polluants. En effet un recherche dans la littérature scientifique montre que l’on retrouve en France les trois composés cités ci-dessus dans certaines eaux de surface mais en aucun cas dans les eaux de consommation, ce qui aurait eu le mérite d’être mentionné. De plus il ne faut pas perdre de vue que l’éthinylestradiol (l’hormone oestrogénique de synthèse la plus utilisée dans le monde car dans toutes les pilules contraceptives) a un rôle positif énorme pour l’émancipation des femmes par le contrôle de la fertilité et l’accessibilité à une contraception fiable (Moore et al., 2011). L’argumentation scientifique dans ce documentaire peut manquer de nuances.

Les arguments scientifiques sont contrastés avec le point de vue du comité de santé et de l’environnement de l’Union Européenne. Ici le commissaire interrogé veut transmettre un message rassurant indiquant que chaque pays européen distribue des eaux de consommation contrôlées et soumises à une réglementation stricte. Si l’Europe est à la pointe en matière de technologie d’assainissement et de procédés de potabilisation comparé à d’autres pays, on peut se demander si ces technologies répondent à l'évolution de nos industries chimiques et de leurs rejets. La législation publique est-elle en retard sur l’avancée de l’industrie chimique privé ? Pour aborder cette question le documentaire prend pour exemple le cas d’une rivière en Inde, la plus polluée du monde par l’industrie pharmaceutique fournissant les grands groupes européens. Au-delà de ce cas facilement critiquable et le plus susceptible de choquer, il aurait été intéressant d’aborder le cas des industries chimiques produisant en Europe.

Le documentaire conclut cependant sur des solutions possibles à ces problèmes de pollution actuels. C’est une des parties les plus intéressantes du documentaire et qui aurait peut-être mérité que l’on y consacre davantage de temps et de précision. A noter toutefois quelques changements depuis la sortie du documentaire, notamment la liste et le nombre des substances prioritaires mentionnées dans la DCE et les modifications de certains seuils réglementaires (comme celui de l’arsenic par exemple).

Le documentaire est à la fois captivant et intéressant. Datant de 2016 et réalisé par ARTE, le film a une bonne qualité vidéo, une narration maîtrisée et synthétique. Toutes les explications sont accessibles au grand public tout en étant détaillées et pédagogiques. Les sujets abordés comme la santé publique, la pérennité des écosystèmes ou encore l’assainissement nous concerne tous, ce qui en fait un documentaire utile et intéressant pour tous.

Mots clés et biblio pour aller plus loin sur le sujet

Eau usée, eau potable, contaminants, chimie, pesticides, perturbateur endocrinien, pollution

Moore, K., McGuire, K.I., Gordon, R., Woodruff, T.J., 2011. Birth control hormones in water: separating myth from fact. Contraception 84, 115–118. https://doi.org/10.1016/j.contraception.2011.04.014

Version en allemandhttps://www.youtube.com/watch?v=u_ofrqgWxrY

Contributions de Corentin Vidal et Hugo Lottin

 

Additional Info

  • Director: undefined
  • Producer: Zeckie Gerloff / Stefan Pannen
  • Language: Français, French
  • Year: 2012
  • Duration (min): 52
  • Theme: Water supply, Domestic water, Water quality, pollution, Water and health
  • Access: Free
  • Country: Global
  • Technical quality (star): Technical quality (star)
  • Academic interest (star): Academic interest (star)
  • Societal interest (star): Societal interest (star)
  • Technical quality: 4
  • Academic quality: 4
  • Social interest: 5