Le Roman de l’Eau 2 - L’eau et son homme

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Synopsis

Le roman de l’eau est une série documentaire de trois épisodes dans lequel s’inscrit le chapitre “ L’eau et son Homme”, sa dernière partie. Dans un monde où la volonté de maîtriser la ressource en eau atteint son paroxysme, nous observons un épuisement de ce modèle portant atteinte à l’environnement. La demande en eau pour l’alimentation, l’énergie et les autres usages est croissante à l’image des tensions entre états. Le documentaire « L’Eau et son Homme » décrit différentes techniques modernes ou plus anciennes, qu’ont trouvées les êtres humains pour l’utiliser de manière durable.

Dans certaines régions du monde, l’accès à l’eau a toujours été un défi important, à l’origine de systèmes ingénieux permettant l’irrigation des cultures et l’implantation des sociétés. Le film prend notamment l’exemple de la province de Midelt (Maroc), où des planteurs de pommiers aménagent de nouvelles plantations dans une zone aride. Toujours au Maroc, la mise en place de galeries souterraines, les khettaras, permet d’apporter de l’eau aux oasis, selon un modèle d’irrigation ancestral qui achemine l’eau des nappes sous les dunes de sable jusqu’aux oasis en limitant les pertes par évaporation. Cette ingéniosité a permis le développement d’une économie locale.

D’autres régions du monde, comme le Burkina Faso, sont sujettes à des moussons de courte durée. Cependant, la battance des terres provoque un ruissellement de l’eau pluviale et empêche son infiltration. Des méthodes sont alors trouvées pour lutter freiner l’écoulement et limiter l’érosion des sols. Des chantiers écoles sont organisés pour développer des techniques de “diguettes” et favoriser la fertilité organique du sol. Ainsi, le développement d’une agriculture locale peut être envisagée.

Parmi bien d’autres exemples de solutions adaptées évoquées dans le film, celui de la pratique de l’agroforesterie dans la région de Montpellier retient l’attention. En effet, l’association entre les arbres et les cultures annuelles joue dans le sens d’une complémentarité à la fois sur l’eau et la matière organique. Si la culture sous-jacente est une légumineuse, la présence d’un champignon sur les racines des végétaux (mycorhize) permet un meilleur enracinement et donc un usage mieux réparti de l’eau sur une plus grande profondeur.

Le reportage évoque également d’autres techniques, anciennes ou modernes, comme la permaculture, les filets de rétention de rosée, ou encore la réutilisation des eaux usées. Ces techniques sont autant d’initiatives à petite échelle qui, selon les auteurs du film, constitueraient un ensemble de solutions pour l’avenir de l’homme sur la planète.

Analyse critique

L’objectif du film est en effet de mettre en lumière des petites initiatives locales. Aux Etats-Unis, dans la région de Las Vegas, l’action tentée par un individu dans sa commune, dans le but d’obtenir une meilleure gestion de l’eau pluviale, a permis une mobilisation de la collectivité territoriale et le rejet d’un modèle de jardin hyper-consommateur d’eau. Cet exemple souligne que la conscience individuelle pousse parfois à une action publique plus globale. Les acteurs présentant les solutions trouvées par eux même ou développant d’anciennes techniques éprouvent une certaine fierté et désirent pour la plupart partager leurs connaissances.

Le documentaire est accessible à tous public, vulgarisant les problèmes complexes liés au déficit de la ressource en eau. Néanmoins, nous pouvons nous demander si le sujet du film, l’homme et l’eau, est vraiment traité dans toutes ses dimensions. Ainsi, le film n’aborde jamais les différents contextes géopolitiques des gestions collectives et concurrentielles de l’eau, ni les relations entre de nombreuses institutions et de multiples acteurs.

Le document fait le constat que la production agricole intensive se fait sans tenir compte des piliers du développement durable (équité, environnement et économie), et favorise le plus souvent la surconsommation d’énergie et la destruction de l’environnement. Cependant, les solutions proposées dans le film ne sont pas toutes vertueuses. Par exemple, l’irrigation des pommiers du Midelt au goutte-à-goutte ne réduisent pas la consommation d’eau puisque la conquête de nouveaux champs s’accélère et les pratiques de sur-irrigation subsistent. Ces techniques supposées économes offrent  aux plus riches la possibilité de cultiver de plus grandes superficies, en consommant toujours plus d’eau, avec pour conséquence une surexploitation de la nappe  (Colas et al., 2015; Molle et Tanouti, 2017). Le film contribue à renforcer l’image du goutte-à-goutte comme une technique vertueuse et montre donc ses limites sur le plan scientifique. Le résultat des pratiques mises en avant est aussi parfois discutable. Dans le cas de la taille des pommiers au Maroc, présentée comme une technique permettant de réduire la consommation en eau par des parties non productives des arbres, il s’agit en fait d’une pratique visant à améliorer la productivité des arbres au niveau du nombre de fruits et non un strict but d’économie de l’eau.

Les Khettaras sont présentées comme une solution collective remède au manque d’eau, à l’origine même de l’essor historique des oasis en plein désert. Toutefois, rien n’est dit sur la multiplication des forages individuels dont le fonctionnement n’est pas régulé et qui conduit à terme à un tarissement de la nappe, donc à la disparition des khettaras. De même, le film fait l’éloge des initiatives de l’américain Brad Lancaster visant à réutiliser l’eau ruisselée sur les routes pour l’irrigation des bas-côtés. Cela ne permet cependant pas un arrosage complet ou régulier de la végétation arborée lors des périodes de sécheresse. De plus, l’infiltration de cette eau dans la nappe sans analyse de la qualité et sans traitement au préalable est contestable en raison d’une potentielle pollution de l’eau aux hydrocarbures et aux métaux lourds provenant du trafic routier. Le documentaire ne met pas non plus le public en garde contre certaines des pratiques présentées, comme l’utilisation de l’eau de pluie comme en eau de boisson pour la consommation humaine. En France, le ministère de la Santé ne recommande pas de boire de l’eau de pluie, la considérant comme impropre à la consommation humaine en raison de sa possible contamination microbiologique et chimique  (CIE, 2019).

Ces “solutions” un peu idéalisées restent pour la plupart difficilement transposables aux sociétés humaines. Le rendement des différentes productions présentées n’est, par exemple, pas comparé à celui des différents systèmes conventionnels. L’incertitude persiste sur la possible application de ces modes de production à système à plus grande échelle. Le point de vue économique est passé sous silence alors que l’impact sur les couts de production et sur le prix de vente peut être non négligeable. De plus, la thématique de la ressource en eau est représentée uniquement en terme quantitatif. L’amélioration la qualité de l’eau par la réduction de l’usage des fertilisants et des produits phytosanitaires n’est pas évoquée.

Les arguments scientifiques avancés sont apportés par Ghislain de Marsilly, hydrologue, professeur émérite à l’Université de Paris et membre de l’Académie des Sciences, qui a inspiré le film. Aucun représentant des collectivités territoriales, des Etats ou encore de la grande distribution n'apparait dans la réalisation de ce reportage. Le documentaire ne traite qu’une infime partie de la problématique de l’eau actuelle et les exemples de gestion de l’eau évoqués peuvent sembler anecdotiques par rapport aux enjeux de ce secteur. Les aspects politiques, commerciaux et scientifiques ne sont pas évoqués et une analyse plus approfondie mettrait en lumière la non pérennisation de certaines de ces techniques ou innovations. Même si le film peut aider à une prise de conscience de la part du public sur les problèmes de gestion de l’eau, son intérêt pédagogique est discutable, les arguments avancés étant souvent partiels ou mal interprétés, avec dans certains cas des erreurs de sens, et les dimensions sociales et institutionnelles restant largement ignorées.

Références

CIE. 2019. L’eau de pluie est-elle potable ? Dans : Centre d’Information sur l’eau. Disponible sur : https://www.cieau.com/leau-et-votre-sante/qualite-et-sante/leau-de-pluie-est-elle-potable/ (Consulté le 18 novembre 2019).

Colas F., Renoult R., et Vallance M. 2015. L’irrigation en France : quelle politique pour l’État ? Disponible sur : https://agriculture.gouv.fr/lirrigation-en-france-quelle-politique-pour-letat (Consulté le 16 novembre 2019).

Molle, F. and Tanouti, O. 2017. Squaring the circle: impacts of irrigation intensification on water resources in Morocco, Agricultural water Management 192(2017): 170-179.

Mots-clé: Agroforesterie / permaculture / gestion eau pluviale / techniques alternatives / ressource en eau / développement durable/ biodiversité / écologie / agroécologie / changement climatique.

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Contributions de Katy Cottinet et Marin Roueche

 

Additional Info

  • Producer: Adamis Production/TV5 Monde
  • Language: Français
  • Year: 2015
  • Duration (min): 52
  • Theme: Water scarcity, Irrigation & agricultural water management
  • Access: Free
  • Technical quality: Technical quality
  • Academic interest: Academic interest
  • Societal interest: Societal interest