Le sable : Enquête sur une disparition

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Synopsis/contenu du film

Tous les fonds marins et les plages du globe doivent faire face à l’extraction massive du sable. Aujourd’hui, le sable est omniprésent dans notre quotidien sous différentes formes et à plusieurs échelles. Il est le 2ème produit le plus consommé au monde après l'eau (Hérard, 2017). Cette denrée est devenue au fil du temps un problème public majeur. En effet, considéré comme gratuit et inépuisable, il est un des futurs grands enjeux car non renouvelable à des temporalités humaines.

Réalisé par Denis Delestrac, le film commence par expliquer les bases de l’extraction du sable puis ses grandes utilisations comme la poldérisation et la construction. L'exemple est donné de la ville de Dubaï avec la création de ses îles artificielles (le Palm et le World) ou la ville de Singapour qui utilise le sable pour étendre son territoire sur la mer. Malgré de graves effets sociétaux autant qu’écologiques, l'usage du sable et donc la pression sur la ressource, vont augmentant. 30 milliards de tonnes de sable sont consommées chaque année, suivant l'ascension du "boom démographique". Le film décrit également le rôle des gouvernements mais aussi l'organisation de véritables mafias du sable.

Ces mafias s'approprient des zones dans le monde entier afin d’extraire illégalement et massivement du sable. Les conséquences sont désastreuses tant écologiquement que socialement. Des pêcheurs témoignent ainsi de ressources piscicoles de plus en plus rares quand des habitants des îles des Maldives et d'Indonésie se trouvent obligés de s’exiler du fait de la disparition de leurs îles. Les extractions du sable sont réalisées en mer et sur terre. Les techniques d'extraction vont du plus rudimentaire (à la main le long des plages) au plus sophistiqué (avec des machines de dragage au large). Si le propos est majoritairement alarmant, le film présente également des alternatives possibles pour extraire moins de sable et réutiliser des matériaux avec un impact écologique plus faible. Le documentaire se clôt sur le témoignage de scientifiques, de géologues, de spécialistes de l’environnement ou encore de groupes d’ONG du monde entier qui alertent sur les impacts sociétaux, économiques et écologiques qui surviennent à différentes échelles du globe du fait de cette surexploitation.

Analyse critique

Ce documentaire, très alarmiste, décrit une urgence planétaire. Le ton cherche à convaincre en déployant de nombreuses études de cas et témoignages. Des côtes de la Floride jusqu’en Indonésie, en passant par Dubaï et Singapour, le sable est devenu en quelques années la source d’enjeux mondiaux faramineux. Car en effet, le sable est partout : de la nourriture aux produits d’hygiène et ménagers, dans les bouteilles et bocaux en verre jusqu’aux appareils électroniques tels que les ordinateurs et les cartes bancaires. “Globalement, 50 à 60 milliards de tonnes de matériaux sont extraits chaque année” (Pascal Peduzzi,2014). Longtemps extrait des carrières, l'épuisement de la ressource a poussé les industriels à extraire du sable des rivières, des lacs mais surtout des fonds marins du monde entier.

Le secteur de la construction est le premier consommateur de sable avec 30 milliards de tonnes de sable sont consommé chaque année (Jacques Attali, 2017). Le boom démographique entraîne des constructions en masse à Singapour, Bombay ou encore Manhattan où "les tours de bureaux poussent comme des champignons" (Bruce Edwards, 2015). Cependant, ces constructions sont majoritairement dues à de la spéculation immobilière. Ces logements ne sont pas accessibles à une population aux faibles revenus. Ces opérations immobilières entraînent la création de véritables zones fantômes comme en Chine où on estime que 65 millions de logements sont vides. Ce paradoxe est d'autant plus révoltant que l'on estime que 30% de la population mondiale vit dans un bidonville.

Outre la construction, le sable est au cœur des stratégies de poldérisation de plusieurs territoires dans le monde. Toujours pour des questions de spéculation, des entrepreneurs de Dubaï construisent des îles artificielles qui reviennent moins cher que d’acheter un terrain sur la terre ferme. L'ironie du sort fait que cette ville est cernée par le sable, mais le sable du désert n'a pas la bonne granulométrie pour être utilisé dans la construction ! Les entrepreneurs sont ainsi contraints d'importer du sable d’Australie... Cet échange mondialisé entretient artificiellement l’économie entière du pays. Le pays qui a l'argent pour payer et faire venir le sable s’agrandit. Les pays qui extraient et vendent le sable en payent les conséquences écologiques. Ainsi en va-t-il de la ville-état de Singapour, qui augmente sans cesse sa population sur un territoire extrêmement limité. Pour ce territoire très actif économiquement, s'étendre sur la mer est une nécessité. Une grande partie du sable utilisé pour l’extension vient de l’Indonésie, du Cambodge et de la Malaisie qui, suite à des quantités phénoménales de sable importées, ont décidé d’interdire l’échange avec Singapour. En 2015, au Cambodge, 3 membres d’une ONG (Mother Nature) ont été emprisonnés pour avoir protesté contre l’extraction de sable destinée à Koh-Kong. La corruption d’Etat fait que les règles internationales mises en place ne sont pas respectées.

L’extraction illégale du sable pose un problème écologique à plusieurs échelles, qu’il soit prélevé en faible quantité ou de façon massive. Acteurs scientifiques et d’organismes de défense de l’environnement pointent la menace qui pèse sur la biodiversité et ses conséquences directes pour l’homme. On peut ainsi évoquer la disparition de plus de 25 îles indonésiennes. Outre la catastrophe humaine liée au déplacement forcé des habitants, cette disparition des terres crée un problème en matière de réglementation maritime et de régulation des frontières des eaux territoriales. Autre exemple, aux Maldives, l’équilibre terre/sable est rompu et transforme la géographie des territoires. En effet, l’extraction du sable en mer modifie la topographie des fonds et entraîne un phénomène d’érosion régressive sur terre, l’eau creusant la plage pour rééquilibrer les forces. Ainsi, toute action en dur qui cherche à protéger le littoral ne fait que reporter le problème quelques mètres ou kilomètres plus loin. Ainsi, 75 à 90% des plages du monde reculent à cause de l'extraction massive du sable marin et impactent les écosystèmes aquatiques associés. Les écosystèmes benthiques, par exemple, ont vu leur richesse macrozoobenthos réduite de 30 à 70%, ou encore une réduction de 40 à 95% du nombre d'individus (Newell, 1998). Le lançon, espèce sédentaire faisant l'objet d'une pêche importante en Mer du Nord, pond ses œufs sur le sable et ces derniers sont directement menacés lorsque les secteurs d'extraction coïncident avec les zones de frayères. Les adultes sont également vulnérables du fait de leur habitude de s'enfouir la nuit dans le sable (Desprez, 2000). En Indonésie, 96% des poissons alimentant les pêcheries traditionnelles migrent dû au dragage intensif qui dégrade les massif coralliens (Bueb, 2019).

Autre problème, peu développé dans le documentaire : l’érosion des plages et du littoral en général n’est pas générée seulement par l’extraction du sable. En effet, le principal apport de sable marin vient des cours d’eau avec un volume annuel de sédiments de 0.5 à 1 tonne pour 1 000 m3 d’eau (CIGB 144, 2011). Mais cet apport est réduit de moitié en raison de la présence de 800 000 barrages dans le monde, qui coupent le transport sédimentaire (Frémion et al., 2016). Celui-ci est également affecté par les seuils et autres petits ouvrages en travers des rivières (on en compte ainsi entre 60 000 et 80 000 sur le seul territoire français). Si l’extraction est interdite dans les cours d’eau français depuis la loi Saumane de 1993, renforcée par la loi LEMA en 2006, cette protection législative est minoritaire dans le monde.

Un des principaux problèmes de cette exploitation est son caractère irréversible. Une fois transformé en béton, le sable est irrécupérable. C’est en partant de ce constat que de nouvelles initiatives pour une construction plus « durable » sont lancées ; comme la réutilisation de certains matériaux (gravats de bâtiments ou de routes) ou la construire avec des matériaux alternatifs (paille, bois, bambou). Des ingénieurs se penchent sur la compatibilité de la construction avec l’utilisation du sable du désert (Projet Finite, 2018).

Pour conclure, si des alternatives semblent alors se dégager, il semble tout de même compliqué d’espérer un changement rapide. En effet, le secteur de la construction est totalement pensé autour du béton. Les marchés, les machines, les techniques ont été développées pour assurer un coût/bénéfice optimal de l’usage du béton. Changer de modes de construction impliquerait de repenser complètement le système technico-industriel. Encore récemment, en 2015, le gouvernement passait en force (Le monde diplomatique, 2015) une autorisation d’extraction sur la Pointe d’Armor. Malgré les alertes tant citoyennes que scientifiques, faisant fi des menaces sur la pêche et le tourisme, la Compagnie armoricaine de navigation pourra extraire du sable pendant 15 ans. Comme le souligne les derniers mots du film, le combat du sable ne fait que commencer.

Le documentaire est fluide, pas trop long, bien illustrée (photographies, cartes, schémas, témoignages), permet de comprendre les termes abordés et de situer géographiquement les contextes présentés.

Il est également très pertinent d’un point de vue pédagogique, car il met en lumière une denrée très consommée et très précieuse et pour laquelle nous n’avons que peu de considération. En effet, le « problème » de l’extraction du sable est bien présenté sans trop entrer dans les détails techniques afin qu’il reste accessible à tous public. Il utilise des données pertinentes en s’appuyant sur des études scientifiques validées. Le caractère alarmiste du film peut permettre de sensibiliser le public aux enjeux liés à l’extraction du sable.

Mots clés : Extraction du sable ; Érosion du littoral ; Enjeu socio-économique ; Enjeu patrimonial ; Mafia ; Recyclage/Réutilisation.

Bibliographie

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Delestrac D. 2013. Pénurie en vue : par quoi peut-on remplacer le sable ? Atlantico. Disponible sur : https://www.atlantico.fr/decryptage/739012/penurie-en-vue--par-quoi-peut-on-remplacer-le-sable--denis-delestrac-alain-bidal#fe4eBEt2qrOT3Q1I.99

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Contributions de Mathilda Montaggioni et Gael Pelan

 

 

Additional Info

  • Director: undefined
  • Producer: France Nature Environnement/Denis Delestrac
  • Language: Français
  • Year: 2013
  • Duration (min): 74
  • Theme: Environmental degradation, Water cycle & hydrology
  • Access: Free
  • Country: Global
  • Technical quality (star): Technical quality (star)
  • Academic interest (star): Academic interest (star)
  • Societal interest (star): Societal interest (star)
  • Technical quality: 3
  • Academic quality: 4
  • Social interest: 4