Blue gold: world water wars

English version : https://www.youtube.com/watch?v=kFO7FBxlKsw

With Portuguese legend https://vimeo.com/25954909

https://www.youtube.com/watch?v=mQyoUDfhFVo

Spanish version: www.documaniatv.com/social/oro-azul-la-guerra-del-agua-video_3083bc6ba.html

www.youtube.com/watch?v=zsppjEDAEf8

Synopsis/contenu du film

Ce documentaire de 2008 a été réalisé par Sam Bozzo, sur la base du livre 'Blue Gold' de Maude Barlow et Tony Clarke. Le documentaire commence par une démonstration du caractère extrêmement vital de l’eau dans le corps humain, inspirant au spectateur un ressenti du manque d'eau. Après un passage en revue des enjeux et tensions liés à l’eau, à ses multiples usages et aux évolutions climatiques, le documentaire fait le constat d’une crise de l’eau. Il aborde ensuite les enjeux politiques et économiques, puis ce qu’il qualifie de « guerre de l’eau », avant d’ouvrir vers des perspectives.

Le film évoque différents conflits sociaux à travers lesquels les différents acteurs impliqués parlent ouvertement de la manière avec laquelle des grandes entreprises ont manipulé les décideurs pour qu'ils favorisent la privatisation de l'eau à toutes les échelles, et comment cette corruption a déclenché des tensions ou des conflits sociaux dans différents pays du monde.

Le film présente des exemples vécus par des communautés de France (Grenoble), des États-Unis, du Chili, d’Argentine (Buenos Aires), de Porto Rico, d’Indonésie (Jakarta) et du Mexique,… dont les systèmes publics d’approvisionnement en eau potable ont été soumis à des processus « agressifs » de privatisation de l’eau par de grandes entreprises privées telles que Suez, Veolia, RWE, Coca-Cola et Nestlé. Ces sociétés sont montrées comme des compagnies opportunistes qui s’installent dans des endroits où la ressource en eau est de bonne qualité et où les mécanismes de gouvernance sont soit fragiles, soit peuvent facilement être corrompus.

À cela s’ajoute l’énorme pression pouvant être exercée par les grandes institutions financières internationales comme la Banque Mondiale, qui conditionnent leur soutien financier au respect de certaines « règles » et à la mise en place de plans et projets qui peuvent avoir des effets très néfastes, en particulier en termes de politiques publiques, de contraction de dettes, et d’impacts sur les ressources naturelles et sur leur gestion.

Un autre enjeu abordé dans le documentaire est celui de l’inefficacité hydrique des systèmes agricoles basés sur des échanges mondiaux, qui aggravent considérablement l’accès à l’eau dans certaines zones. La notion d’eau virtuelle est mobilisée pour illustrer les dérives de ces systèmes.

Le documentaire finit en présentant deux scénarios possibles pour l’avenir. Le premier est un scénario conflictuel de guerre pour l’eau, qui repose sur des initiatives civiles et militaires lorsque l’eau vient à manquer ou à se faire rare ; le second est un scénario de lutte durable pour l’eau, dans lequel les humains peuvent se responsabiliser davantage par rapport à la ressource et prendre des décisions importantes en matière d’eau.

Analyse critique

Tout d’abord, le documentaire nous amène à différencier la privatisation de l’eau, en tant que ressource, et la gestion privée d’un service public d’eau. La privatisation de l'eau fait ici référence à l'appropriation d'une ressource naturelle par une industrie privée, à des fins économiques, souvent au détriment des usagers traditionnels de cette ressource. La gestion privée d'un service public, souvent qualifiée abusivement de « privatisation », est l’action de déléguer au domaine de l’entreprise privée un service qui est sous la responsabilité du secteur public (Comité de recherche et sensibilisation d’Eau Secours, 2007).

Le documentaire pointe les enjeux, en particulier sociaux, de la « privatisation » de l’eau et des services d'eau, qui s’est développée dans les décennies 80’s – 00’s dans plusieurs endroits du monde. A travers différents points de vue, il montre que ce processus pour le contrôle de l’eau et des avantages économiques qui peuvent découler de son commerce a eu un impact plus important sur les pays en développement, en Amérique Latine et en Afrique notamment, mais qu’il a également connu des épisodes importants aux États-Unis et en Europe.

Le documentaire présente notamment le cas de Nestlé, qui a vu son chiffre d’affaires dépasser les 80 milliards d’euros/ans, en ayant au moins une usine d’embouteillage dans chaque pays, tandis que 900 millions de personnes n’ont pas accès à l'eau potable dans les pays où se développent ses activités (Di Napoli, 2012). A travers cet exemple, le documentaire sensibilise le consommateur au fait que son choix de préférer l’eau en bouteille à l’eau du robinet contribue à la création d'énormes disparités au sein des populations des territoires concernés, en affectant les plus vulnérables dans la plupart des cas.

Un autre cas emblématique du documentaire est celui de la privatisation du service d'eau de Grenoble (France) en 1989. Un processus contesté, non seulement par les citoyens de la ville, mais aussi par les autorités, qui condamnent le maire de l'époque pour avoir favorisé l’entreprise Suez dans la passation de délégation de service public de l’eau de la ville. Après plusieurs années de lutte politique, la mobilisation de la population de Grenoble et les décisions de justice ont conduit à la remunicipalisation de la gestion du service public de l’eau en 2000. Un mouvement local, écologiste et de gauche, l’« Association Démocratie Écologie et Solidarité » (ADES), en lien avec des élus, contribue à une analyse indépendante du rôle du secteur privé. Ainsi, les débats publics préalables à toute prise de décision permettent la mise en œuvre de choix politiques appropriés ». C’est dans ce contexte qu’est adoptée en janvier 1993, la première loi Sapin « anticorruption ». Elle met en place des mesures de prévention et détection de la corruption, et prévoit que le dirigeant d’une entreprise puisse être tenu pour responsable à titre personnel du défaut de conformité de son entreprise (Transparency International France, 2017).

L’analyse critique de cet exemple permet de compléter l’approche présentée dans le documentaire et de le restituer dans le contexte français où environ 60% des services d’eau sont délégués à des opérateurs privés. La délégation de service publique consiste, pour une autorité publique, à confier à un prestataire privé la gestion d’un service d’eau. Mais c’est l’autorité publique qui garde le contrôle, la responsabilité et, in fine, la propriété des infrastructures (Guérin-Schneider et al., 2003).

L’approche critique met aussi en évidence les présupposés du documentaire, en particulier par la différenciation très claire de la façon de présenter les acteurs, soit de manière positive, soit de manière négative. De manière générale, et compte tenu de la nature des situations exposées, les agriculteurs, les citoyens, une grande partie des gouvernements, la communauté scientifique, les historiens, les organisations et les dirigeants locaux, les avocats et les organisations non gouvernementales sont représentés de manière positive et complémentaire. Chacun de ces acteurs raconte une partie de l'histoire d’une lutte commune et, ensemble, ils donnent une image de la situation à travers leurs divers points de vue et arguments scientifiques. En revanche, les grandes entreprises privées de l’eau sont présentées comme les acteurs négatifs dans cette histoire et n’ont pas une participation significative dans le documentaire, bien qu’il soit précisé qu’elles n’étaient pas disposées à intervenir. Coca-Cola est la seule entreprise à avoir officiellement participé. Elle est interviewée sur le cas du Mexique. Selon ses responsables, l’entreprise n’a aucun lien avec l’ancien président mexicain Vicente Fox et sa gestion de l’eau inclut la promotion de systèmes d’assainissement dans les communautés les plus pauvres où elle est présente.

Pour compléter la prise de recul, il est donc indispensable de considérer, avec un esprit critique, les points de vue absents du documentaire : ceux des entreprises. Le choix est fait ici d’illustrer ces points de vue par l’exemple de Nestlé Waters en France. Selon Nestlé Waters (2014), exploiter ne signifie pas privatiser l’eau. La société affirme que « le métier de Nestlé Waters consiste à puiser de l’eau afin de la rendre disponible aux consommateurs : il ne s’agit en aucun cas de l’accaparer ». Elle précise que l’entreprise est soumise à des autorisations et des règles très strictes imposées par les pouvoirs publics. Par ailleurs, selon l’entreprise, l’exploitation de l’eau n’est pas gratuite, une taxe est payée aux communes et l’entreprise concourt à des mesures de protection de l’environnement. Pour conclure, l’entreprise indique que son activité contribue à la création d’emplois qui participent au développement économique et au rayonnement du territoire. Si ces arguments peuvent être souvent partiellement recevables, il ne peuvent répondre aux situations où l’extraction d’eau souterraine impact la nappe aux alentours. Un autre documentaire aborde plus particulièrement le cas de Nestlé et de l’eau en bouteille.

Mots clés : Privatisation de l’eau, privatisation des services publiques de l’eau, eau virtuelle, marché de l’eau, gouvernance de l’eau, accès à l’eau, gestion de l’eau, conflits pour l’usage de l’eau

Références complémentaires

Avrillier R. 2010. Retour à la source : la remunicipalisation du service de l’eau à Grenoble, France. Disponible sur : https://www.partagedeseaux.info/Retour-a-la-source-la-remunicipalisation-du-service-de-l-eau-a-Grenoble-France (Consulté le 02 novembre 2019).

Blue Radio. 2017. Debate : el problema de la privatización del agua en Colombia. https://www.bluradio.com/medio-ambiente/debate-el-problema-de-la-privatizacion-del-agua-en-colombia-143035 (Consulté le 02 novembre 2019).

Comité de recherche et sensibilisation d’Eau Secours ! 2007. Eau Secours. https://eausecours.org/sites/eausecours.org/wp-content/uploads/misc/esdossiers/definition_ppp.pdf (Consulté le 16 novembre 2019).

Di Napoli A. 2012. Nestlé et le business de l’eau en bouteille. Le monde. 11/11/2012. https://www.lemonde.fr/culture/article/2012/09/11/nestle-et-le-business-de-l-eau-en-bouteille_1757464_3246.html (Consulté le 16 novembre 2019).

Guérin-Schneider L., Bonnet F. et Breuil L. 2003. Dix ans de loi Sapin dans les services d’eau et d’assainissement : évolutions et perspectives du modèle de délégation à la française. In La sous-traitance et le droit loi Sapin: bilan. Sécurité maritime. Annales des Mines, N° 31, Juillet 2003, pp. 44-57. Disponible sur: http://www.annales.org/re/2003/re31/guerin-schneider44-57.pdf (Consulté le 6 décembre 2019).

Monin J. 2018. Marché de l’eau : quand la gestion privée dérape. Disponible sur : https://www.franceinter.fr/emissions/l-interview/l-interview-17-fevrier-2018 (Consulté le 02 novembre 2019).

Nestlé Waters. 2014. Quelle est la position de Nestlé Waters sur la privatisation de l’eau ? www.nestle-waters.fr/faq/proteger-la-ressource-en-eau-et-l-environnement/privatisation-eau (Consulté le 02 novembre 2019).

Transparency International France. 2017. Dispositif anticorruption de la Loi Sapin II : Guide pratique pour la mise en œuvre des mesures anticorruption imposées par la loi aux entreprises. (Édition 1). Transparency International France, 11 p. Disponible sur : https://transparency-france.org/wp-content/uploads/2017/06/guide-pratique-entreprises-loi-sapin2.pdf  (Consulté le 16 novembre 2019).

Bottled Life - Nestlé et le business de l'eau en bouteille http://www.water-alternatives.org/index.php/cwd/item/81-nestle

Contributions de Andrea Escobedo Ordonez

Additional Info

  • Producer: Sam Bozzo
  • Language: English, Spanish
  • Year: 2008
  • Duration (min): 89
  • Subtitles: Portuguese
  • Theme: Water supply, Privatisation
  • Access: Commercial
  • Technical quality: Technical quality
  • Academic interest: Academic interest
  • Societal interest: Societal interest