Submersion(s)

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Synopsis

Dans la nuit du 27 au 28 février 2010, la tempête Xynthia se creuse dans le golfe de Gascogne. Intervenant dans une période de haute marée, elle cause de très nombreux dégâts sur la côte atlantique, notamment pour un lotissement construit en contrebas d’une digue dans le village de La Faute-sur-mer en Vendée. Bilan : 59 décès (dont 29 à la Faute-sur-mer) et des dégâts importants. Le spectateur est directement plongé dans le vif du sujet avec le témoignage glaçant de madame Salex-Domballe sur le déroulement de la catastrophe pour les habitants piégés dans leur maison, le plus souvent de plein pied. Tout au long du film, on est ainsi imprégné par l’ampleur de la catastrophe et de ce fait plus sensible et perceptif à la problématique étudiée : la submersion marine. En effet, les pertes humaines survenues à la suite de Xynthia sont tous des habitants, vivant en zone inondable, noyés par la submersion.

Les submersions marines sont des inondations des zones littorales dues à des tempêtes et coups de mer souvent couplés à de grandes marées. Ce phénomène peut être très violent, car la masse d’eau déplacée est grande. Lorsqu’une digue n’est pas suffisamment haute pour protéger d’une vague de submersion, l’eau franchit la digue avec une intensité dévastatrice pour la zone littorale. De ce constat dérive la question de savoir comment se protéger et plus généralement réduire l’exposition à ces risques de submersion marine ? Les doctrines récentes conduisent (i) à mettre en place à court terme des plans de préventions des risques (PPR), notamment pour limiter l’urbanisation dans les zones exposées, et (ii) à moyen terme à réduire la vulnérabilité des territoires en relocalisant les biens les plus exposés hors des zones à risque. La construction de digues est en effet de plus en plus questionnée du fait de l’irrégularité de l’entretien occasionnant des risques de rupture, mais aussi car elles provoquent un phénomène d’affouillement du sable qui a des répercussions néfastes sur l’écosystème littoral, notamment en renforçant l’érosion des plages et les effets négatifs sur la biodiversité. On peut noter, dans le cas de Xynthia, que par la suite en 2014 le maire de la Faulte sur Mer a été accusé d’avoir retardé la mise en place d’un PPR sur sa commune et inculpé d’homicide involontaire.

Alors que les effets du changement climatique au niveau de la montée du niveau de la mer sont incontestables, les zones littorales qui sont par ailleurs très souvent fortement urbanisées partout dans le monde, sont les premières à en subir les dégâts. L’augmentation du CO2 et l’élévation du niveau de la mer qui en résulte s’accentuent au cours du temps et les prévisions les plus pessimistes du GIEC (+ 1 m en 2100) sont à présent largement admises comme fortement probables avec des différences selon les régions et les continents. En conséquence, le risque de submersion marine affecte de plus en plus les services écosystémiques, la résilience des plages et l’attractivité futures des zones littorales du fait des dommages sur les biens. Derrière le phénomène Xynthia, se pose ainsi une triple question sur la submersion marine:

  • Quelle est la bonne gestion de l’urbanisme en zone littorale ?
  • Doit-on modifier notre comportement face au risque de submersion ?
  • Entre liberté et sécurité, quel est le bon compromis afin de s’en prémunir ?

La responsabilité est collective. Les divers acteurs sociologues, économistes, juristes, écologues et géomorphologues … doivent se concerter pour parvenir à une meilleure gouvernance, notamment pour faciliter l’acceptabilité et la faisabilité financière des politiques de relocalisation à moyen terme. Le film nous plonge au cœur du débat et donne la parole aux habitants, élus, associatifs, universitaires, techniciens et experts lesquels expriment leurs savoirs, mais aussi leurs doutes et leurs désarrois face à une réalité qui les a frappés de plein fouet en 2010.

Le film vise à éduquer au risque de submersion marine, dans un contexte de changement climatique et de densification de la population en zone littorale. L'approche du documentaire reste nuancée par la richesse de différents intervenants, avec notamment la présence de :

  • Jacques Boucard, ancien maire de Sainte-Marie, docteur en histoire et spécialiste de l’île de Ré,
  • Isabelle Autissier, navigatrice et présidente du WWF France,
  • Didier Roblin, maire de la commune d’Yves, submergée par la tempête Xynthia,
  • Lionel Quillet, président de la communauté de communes de l’île de Ré,
  • Stéphane Maisonhaute, animateur de la réserve de Lilleau des Niges.
  • Richard Pillard, ancien capitaine de navires de travaux maritimes offshore
  • Laurent Labeyrie, expert du GIEC sur la montée des océans
  • Xavier Bertin et Éric Chaumillon chercheurs au laboratoire LIENS

Analyse critique

Le documentaire a été réalisé à la suite du passage de la tempête Xynthia et des retours d’expérience de cet évènement climatique. Le réalisateur, Olivier Sigaut, professeur de sociologie de l’environnement de l’université de Bordeaux s’est penché avec Laurent Labeyrie (expert au GIEC) sur les problèmes de submersion marine, la tempête Xynthia faisant référence. Il faut savoir en effet qu’elle a été un facteur déterminant de l’évolution institutionnelle en France concernant la gestion de ces risques, donnant lieu à une stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte en 2012 et un programme d’expérimentation de la relocalisation, qui ont été suivis depuis par de multiples initiatives, notamment en Nouvelle Aquitaine.

Pour donner une vocation pédagogique au documentaire, Olivier Sigaut permet à des étudiants de BTS Gestion et Protection de la Nature (BTS GPN) de participer à la réalisation de ce dernier. Produit par Filmo Tv, service de cinéma proposant des films en vidéo à la demande, ce documentaire se veut impartial et réaliste. Submersion a été tourné sur les côtes de la Nouvelle-Aquitaine, depuis la pointe de l’île de Ré jusqu’à Hendaye pendant les tempêtes de 2014 et 2015 qui ont aussi eu des effets importants, conduisant par exemple dans certaines zones autour de Lacanau à un recul du trait de côte au niveau qui était envisagé pour 2040.

Différents intervenants prennent la parole pour livrer leurs témoignages et leurs expertises sur les submersions marines. Bien entendu, les points de vue sont pluriels en fonction des positions et des connaissances. On peut souligner par exemple la position spécifique de Laurent Quillet, président de la communauté de commune de l’île de Ré lors de la catastrophe et aujourd’hui vice-président du conseil départemental de la Charente-Maritime (17). Ce dernier était, à l’heure de Xynthia et de ses conséquences, promoteur immobilier. Il est intéressant ainsi de confronter les points de vue et la position des promoteurs sur la gestion de l’urbanisme face aux risques environnementaux est intéressante à confronter à celle des scientifiques par exemple. Dans le cas du film, la grande diversité des intervenants est un élément positif qui permet de confronter les points de vue. Ainsi de par leurs parcours, leurs milieux, leur passion et le rôle qu’ils ont eu à jouer durant la catastrophe ces interviews diversifiées offrent ainsi la possibilité d’avoir un point de vue impartial et sans jugement sur le sujet. On note que les prises de paroles des différents scientifiques contrastent avec certains discours et mettent en lumière les failles existantes dans la prévention de ce risque telle que perçue, par exemple, par les élus locaux.

Isabelle Autissier, très pertinente dans ses interventions, apporte un regard passionné et fascinant de la mer et de ses risques. Elle joue en quelque sorte un rôle de cheffe d’orchestre, pragmatique et lucide, tout en partageant sa forte connaissance sur le recul du trait de côte et de l’adaptation nécessaire de notre société à ce phénomène. Finalement, toutes ces interventions vont dans le même sens : cette catastrophe humaine (59 décès) était évitable. Cependant, l’économie des zones littorales, principalement tournée vers le tourisme et les industries de consommations (porte d’entrée des marchandises), est difficilement compatible sans changement majeur d’aménagement du territoire avec une protection efficace des biens et des personnes.

Les interventions des chercheurs restent minoritaires comparées aux prises de paroles des élus locaux. De plus, elles sont trop techniques ce qui peut rendre leurs discours, bien que juste, quelque peu inaudibles pour un public non averti. C’est notamment le cas avec les prises de parole au sujet des digues. Les effets négatifs qu’elles induisent sont nombreux et suffisamment problématiques pour en avertir le grand public, mais trop peu développés dans ce documentaire. Ce sentiment est exacerbé par le fait que les digues demeurent aujourd’hui l’ouvrage de protection le plus utilisé, car efficace à court terme. En 2010, Xynthia soulève une masse d’eau de 38 centimètres qui est venue s’ajouter à la marée à fort coefficient. Bloquées par les digues, ces masses d’eau ont fini par passer au-dessus de l’endiguement du fait de l’accumulation des vagues venues depuis la mer. Aucun moyen n’était mis en place pour évacuer un tel débit d’eau, ce qui a provoqué une submersion d’environ 1.8 mètre pour le quartier situé derrière ce « mur ». Utilisée comme moyen de protection, cette digue a finalement amplifié les effets de la submersion. Ainsi la tempête Xynthia reste la catastrophe la plus meurtrière en France depuis 1999.

Un autre aspect important de ce documentaire est la gestion des risques de submersions marines imposée par les textes réglementaires comme les Plans de Prévention de Risque Littoraux (PPRL). Xynthia a mis en évidence le manque de gouvernance et de gestion des ouvrages de protection, souvent mal entretenus à cause d’un manque de clarté quant aux institutions responsables de l’entretien. La loi MAPTAM (Modernisation de l’Action Public Territorial et d’Affirmation des Métropoles, 2014) clarifie les règles de gouvernance en attribuant cette compétence aux intercommunalités au travers de la GEMAPI (Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations). Cependant, les intercommunalités manquent souvent de moyens techniques et financiers pour assurer cette compétence, même si celle-ci s’accompagne de la possibilité de lever une nouvelle taxe pouvant atteindre 40€/habitant, mais qui concerne à la fois les inondations terrestres et marines sur un même territoire. D’autres solutions existent, notamment les solutions fondées sur la nature qui permettent de se protéger grâce à des renaturations par exemple des cordons dunaires, moins coûteuses et plus durables. La maîtrise de l’urbanisme est un facteur clé, qui est pris en compte par les Plans de Prévention des Risques qui, bien que créés en 1995, ne sont pas encore assez généralisés et sont souvent source de contentieux importants entre les collectivités et l’Etat. À terme, comme on l’a vu, il faut penser des politiques adaptatives dans le temps permettant de mettre en place des mesures de relocalisation des aménagements littoraux les plus exposées pour reculer avec le trait de côte.

Pour conclure, ce documentaire reste accessible au grand public ne disposant pas de connaissance précises sur le sujet, mais ouvre aussi de multiples interrogations concernant un sujet complexe à gérer du fait de la complexité des processus géomorphologique et des facteurs psychologique et sociologiques pour accepter de changer les principes et modalités de gestion et de protection face à ces risques. Certaines notions techniques sur les digues et le mode de gestion des risques auraient pu être davantage abordées.

Links

https://www.facebook.com/sigautolivier/

https://vimeo.com/120585948 (mdp : sigaut)

https://veille-eau.com/videos/submersions

 

 

Additional Info

  • Director: Olivier Sigaut, professor in sociology of the environment, assisted by Elise Leroy and students in two-years technical degree in nature management and protection
  • Producer: Olivier Chantriaux (Filmo Production)
  • Language: French
  • Year: 2017
  • Year2: 2017
  • Duration (min): 62
  • Theme: Climate change, Coastal areas, Flood
  • Access: Free
  • Country: France
  • Technical quality (star): Technical quality (star)
  • Academic interest (star): Academic interest (star)
  • Societal interest (star): Societal interest (star)
  • Technical quality: 2
  • Academic quality: 3.5
  • Social interest: 4